BIG MISSILE PREMIER ALBUM SOLO
On ne le présente plus, Big Missile membre actif du groupe H-click après deux mixtapes, un street album et des participations à des compilations, le rappeur gabonais Missile, de son vrai nom Ted Kelly Ofounda, est le nouvel ambassadeur de la culture rap à l’étranger et plus précisément en France, grâce à son premier album solo, intitulé « Construire » qui est finalement sorti ce 17 mars 2008…
Pourquoi avoir choisi d’appeler ce 3e album Construire ?
C’est à la fois pour des raisons artistiques, personnelles et humaines. Vous savez, j’ai débuté le rap à Libreville, au début des années 1990. A l’époque, avant de fréquenter les studios, avec mes amis des collectifs H Click et Komité Kasfra, on enregistrait nos premiers free styles sur des chaînes hi fi ou des radios K7. Cette période a été très formatrice pour nous. Avec plus de recul, aujourd’hui on sait qu’il était nécessaire de passer par là. Artistiquement, ce qu’on fait aujourd’hui ne ressemble pas à ce qu’on faisait il y a longtemps. Rien que ça c’est déjà un premier pas vers un processus de construction.
Ensuite, entre Libreville et Toulouse, j’ai eu l’opportunité de voir certains pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Espagne ou même l’Allemagne et surtout de rencontrer des gens de culture totalement différente de la mienne. Et c’est là que tu te rends compte de l’importance de l’autre, de la notion même d’échange et de partage, du respect de l’autre tout simplement. Si bien que si tu étais vaniteux, tu deviens humble. Toutes ces influences font de toi ce que tu es ou ce que tu es devenu.
Alors aujourd’hui, quand mon modeste parcours me demande de faire une pause et de regarder derrière moi, je me dis : comme c’est loin cette époque des premiers free styles et comme on a changé, grandi, évolué. On écrit plus nos textes de la même façon, on n’a plus la même approche de la vie, des thèmes. C’est pour cela que cet album, je n’ai pu faire autrement que l’appeler « Construire ».
Dans quel état d’esprit, t’as abordé ce premier album ?
Le maître mot c’était rester moi. Juste moi. Je choisissais les intrus en toute liberté. En gros je me suis fait plaisir tout en donnant ma conception, ma vision des choses. C’est vrai que j’ai été encadré à la fois par Ricky B, Jewelz Music, certains beatmakers et artistes issus d’univers différents du mien. Mais je ne voulais pas trop m’éloigner de la substance même du projet au niveau des thèmes. Par contre, il a fallu faire preuve d’ouverture en ce qui concerne les beats.
Au niveau des guest, il y avait qui ?
L’album est produit par Ricky B, fondateur du groupe H Click et Jewelz Music. Les invités sur le projet sont nombreux. Il y a H Click (mon groupe), L’ETOILE (voix féminine) sur deux chansons, sa sœur Elissa (sur la chanson « les maillons »), Exell, Lisko et Kany (rappeurs de Nancy), Ja Ice (sur le son « champ de bataille » et Hermez de la Skwadra Oméga.
Quel rôle a joué ton groupe (H-CLICK) ?
H Click a toujours été là. Que ce soit individuellement ou collectivement. Surtout que l’album « Construire » s’est fait alors qu’on enregistrait quelques titres de « Premier Chapitre » le premier et futur album du groupe. (« Tu as vu ? Je viens de lâcher un scoop à LBVGROOVE sur la sortie de l’album de H click - rires). Que ce soit Belliqueux, Nexhus, Chronik, T-Bone, Exell, Skalpel, R-mythe ou même Maytook, ils ont beaucoup contribué à l’élaboration de l’album. Et même si je n’ai pas pu voir certains d’entre eux physiquement, ils savent qu’ils étaient dans mon cœur pendant l’enregistrement. On a tous en commun ce même rêve, et mes gars le savent.
Tu t’es ouvert à de nouvelles choses au niveau du flow et des sons. Peut-on l’interprété comme un élan de maturité artistique ?
J’ai travaillé avec des artistes talentueux et des beatmakers de génie. Le premier qui m’a surpris est Dan, un beatmaker qui habite Le Mans. Il m’a filé 3 beats sur ce projet. Ce mec est un tueur, il a produit « Femme qu’il faut », « Ce Hit » « Du Fond du cœur ». Et ce qui est remarquable, c’est qu’on a le sentiment qu’il s’est vraiment mis dans ma conception des différents thèmes et dans ma conception de l’écriture de ces chansons. Le résultat est harmonieux.
Ensuite Hokube, (qui vit à Angers) a produit « Mémoire ». Une chanson sur la traite négrière. A l’écoute de son instru, sincèrement, j’ai même pensé qu’il était allé lui-même avec son matos sur un champ de coton, entre les coups de fouets, les chaînes et la chaleur des rayons de soleil, tellement la musique inspire un tel univers.
Mais je dois aussi avouer que Dj Bougard (De Nantes), m’a beaucoup surpris avec le titre « Possible » que je considère comme un des meilleurs son de l’album. J’ai tout de suite été séduit par ce fond jazz et surtout, par sa façon si particulière de découper les samples.
Ricky B a produit deux beats. Ko2f pour On time records a produit le titre « Construire ». A. Frenel a produit le Freestyle « Jewelz Music » et Rod dagod a mis au monde l’excellent « Enfant Du Ghetto » avec Landry Onguélé qui a joué de la basse dessus. Rod dagod a exactement donné à cet instru la chaleur que je voulais, et le courant est d’ailleurs passé très vite entre lui et moi. Nous avons travaillé sur ce titre de façon différente par rapport à tous les autres. Ce fut très enrichissant et très humain.
Dans un tout autre domaine j’ai travaillé et travaille toujours avec Daf Ossouala, Christophe et toute l’équipe de Nofia Sound. Le premier a même réalisé la pochette de l’album Construire.
Quand à Lord Ekomy Ndong, il a mixé deux chansons dans cet album, « Pourquoi les hommes partent » et « Comme une albatros dans le ciel ».
Alors c’est vrai qu’avec tous ces échanges ça ne peut qu’être un plus, une avancée à la fois artistique et humaine.
Bon ton blaze, finalement c’est BIG MISSILE ou MISSILE simplement ?
Rires ! Mon blaze c’est MISSILE. Big MISSILE, c’est de temps en temps pour changer un peu !
As-tu profité de la sortie de ce disque pour faire évoluer ton image ?
Tu sais, on travaille dessus. Je crois que pour un artiste c’est un perpétuel travail. J’apprends tellement de choses à la fois en ce moment. Je me dis que c’est sûrement formateur.
Sur Internet : Myspace, Skyblog ou Hi5 ?
Voici quelques liens me concernant en attendant le site Internet qui est en construction :
www.myspace.com/missile779
http://missile31.skyrock.com
Rien avoir avec ton squeud, quel est ton point de vue sur le problème de l’expulsion de deux compatriotes de Mbeng (France) et sur l’immigration ?
En ce qui concerne l’expulsion de ces deux compatriotes, je tiens d’abord à leur exprimer toute ma solidarité et surtout qu’ils sachent que la communauté gabonaise à Toulouse s’organise et se bat pour exprimer son mécontentement par des marches répétées. Ensuite, Je crois savoir qu’ils avaient encore tous les deux le statut d’étudiant en France. Je peux vous assurer que depuis cette vague d’expulsion, la majorité des étudiants africains en France, plus précisément à Toulouse, connaissent un réel sentiment d’insécurité. Parce que si malgré l’existence d’accords entre Etats, ajouté à cela le fait d’être étudiant, on peut se retrouver du jour au lendemain dans un avion retour en direction de son pays d’origine, et dans des conditions humiliantes, alors on peut simplement se poser la question suivante : ou allons-nous ?
Pour finir, et en ce qui concerne l’immigration de façon générale, et vu comment certains pays européens ferment leurs frontières, je pense qu’il ne faut pas crier au diable et réagir sur le coup de l’émotion, même si je salue une certaine « réciprocité » appliquée il y a quelques temps par un pays d’à peine 1 million d’habitants. Il faut, je crois, penser la question, se poser les questions essentielles et fondamentales, à savoir pourquoi un tel flux à sens unique. Et puis, peut âtre, à partir de là, que ces pays d’origines essaient de trouver des solutions d’abord par eux-mêmes avant de compter sur des politiques toutes faites qui viendraient de l’extérieur.
Pour finir, t’as choisi de finir l’album avec le titre « Enfant du GHETTO » où tu reviens sur tes origines. Beaucoup de rappeurs utilisent le ghetto comme fond de commerce développant ainsi une différence entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils disent dans leurs disques. En quelques mots peux-tu nous parler de tes origines, de ton ghetto ?
Moi j’ai grandi à Libreville. D’accord, je ne vais pas te dire que je mourrai de faim. Ce ne serait pas vrai. C’est sûrement, et je remercie Dieu, parce que j’ai grandi avec une mère qui m’a appris, et parfois dans la douleur, le sens des priorités et le sens des valeurs comme le respect, la rigueur et le combat. Et je ne suis pas de ceux là qui prennent un masque dans le seul but d’avoir un peu de crédibilité. Je ne fonctionne pas comme ça. Et si vous voulez savoir, mon ghetto, c’est Pleine Oréty, Bel Air, Cité Pompidou, Diba-Diba, etc. quartiers où j’ai grandi. Tenez, tentez une expérience pour moi s’il vous plait : Prenez une machine à remonter le temps et repartez dans ces quartiers il y a 10 ou 15 ans, vous comprendrez pourquoi je parle de ghetto.
En plus quand tu es ici en France, tu croises un mec de banlieue qui te dit « j’habite un ghetto » et quand tu t’y rends, parfois dans son ghetto, il a un ascenseur etc. Intérieurement ça me fait rire et je me dis au fond de moi « s’il savait ».
Mais, je cois finalement que le mot ghetto, peut aussi avoir une dimension personnelle, quand il nous renvoie à une forme de douleur intérieure, un spleen, un enfermement. Quand on rêve d’un idéal et que parfois la vie fait mine de ne pas nous entendre.
Mot de fin :
Saluer mon équipe de managers Cédric C et Well Jay, H Click, Komité Kasfra, tous les beatmakers sur le projet, Daf Ossouala et Nofia Sound, Lbv groove, Libreville…
















